Accused no.2: Walter Sisulu (Nicolas Champeaux, Gilles Porte, 2018)

Voyage à Rivonia en 1963…

« Je voudrais que l’on se souvienne de moi comme un homme dédié à la lutte pour le peuple. »

Walter Sisulu

Accused no.2: Walter Sisulu est le troisième court-métrage documentaire de réalité virtuelle que j’ai eu la chance de visionner dans le confort de ma chambre entre le 29 mai et le 1er juin 2020 grâce à l’évènement PHI VR TO GO créé spécialement par le Centre Phi pendant le confinement. Avant de vous en dire plus, je vous laisse découvrir la bande-annonce. N’oubliez pas de régler la qualité de l’image au maximum pour apprécier encore plus le travail artistique.

« Au banc des accusés, 10 activistes anti-apartheid du Congrès national africain (CNA), dont Nelson Mandela, s’y voient condamnés à la prison à vie. Leur combat politique et ce procès déclenchent une lutte qui mènera ultimement à l’abolition de l’apartheid. Avec ses animations de style fusain noir et blanc sur fond de trame sonore de l’époque, Accused no.2 nous fait revivre le témoignage et le contre-interrogatoire de Walter Sisulu, héros méconnu du CNA et mentor de Mandela. »

Prémisse de l’œuvre extraite du site Internet du Centre Phi

Moi qui adore l’Histoire, la découverte de cette œuvre a été très intéressante, et m’a permis de voir comment les techniciens Français se débrouillaient avec la réalité virtuelle. Je crois au hasard sauf quand j’écris. Ce qui est le plus frappant dans cette œuvre est évidemment les dessins qui remplacent la captation de mouvements de personnes réelles, et apportent une touche d’originalité à ce film, qui a été le premier film de réalité virtuelle entièrement dessiné que j’ai vu. J’ai toujours eu plus de mal à m’identifier émotionnellement avec des dessins qu’avec de vraies personnes, mais ce choix relève toute de même d’une belle originalité et d’un travail technique indéniable. Lors du générique de fin, la photographie présentée sur fond noir, comme si l’on était un spectateur suspendu en l’air dans une salle de cinéma, m’a d’ailleurs fait plus d’effet que les quinze minutes d’animation en toute honnêteté. Quoi qu’il en soit, le film d’animation a parfaitement le droit d’avoir sa place auprès de la réalité virtuelle. J’ai d’ailleurs trouvé le choix de projeter uniquement des dessins en noir et blanc ingénieux par rapport au sujet dont il est question, car la technique du fusain accentue encore plus le contraste entre les Noirs et les Blancs. Malgré l’importance du choix artistique visuel du film, ce sont bien les archives sonores qui sont à l’origine du projet et mises à l’honneur dans ce film. J’ai eu l’impression tout au long du visionnement que l’œuvre proposait un contraste flagrant entre archives sonores historiques et art visuel, poussant ainsi le spectateur à se demander quoi faire et sur quoi se concentrer. Après quelques phrases introductives sur le contexte historique, le film ouvre sur un plan noir complet, avec moi, la spectatrice, au milieu, encerclée par un fil blanc qui se met à onduler à mesure que j’entends les premiers enregistrements du procès de Rivonia. Je ne suis sûrement pas la seule à qui cela arrive, mais j’ai du mal à me concentrer sur trop d’éléments artistiques en même temps. Pour bien les apprécier, je préfère qu’ils soient moins nombreux. « Less is more. » comme me disait une certaine Française un peu bourgeoise, mais avec qui je suis d’accord sur ce point. Étant tellement absorbée par la technologie de la réalité virtuelle ainsi que les dessins, j’ai eu du mal à me concentrer sur les enregistrements pourtant tellement importants ! Je me suis ensuite retrouvée plongée dans une immense salle d’audience qui paraît s’étendre à l’infini, et dans laquelle tout ce qui est filmé apparaît en contre-plongée. Surtout les juges ! On observe une belle variété de plans et une fascinante exploitation de l’espace dans cette salle dans laquelle on se sent oppressé. Les enregistrements ainsi que les sensations auditives et sentiments de peur l’emportent sur une mise en scène réaliste du procès. Les personnages dessinés semblent totalement habités voire possédés dans certains plans, car il est clair que ce film n’est pas une reconstitution objective du procès. Les actions périphériques pourtant intéressantes à exploiter pour la technologie de la réalité virtuelle sont peu nombreuses, et tout se passe devant nos yeux, avec des expressions faciales menaçantes, paroles, et actions qui s’enchaînent rapidement en soutien de la cause de longue date défendue par les accusés. Un autre choix scénaristique intéressant est l’inclusion de flashbacks de l’enfance de Sisulu et de sa vie passée dans lesquels on est évidemment transporté. Ces voyages du spectateurs sont comme une sorte de transcendance temporelle verticale à chaque fois. Le film se conclut sur un mouvement de grue à l’aura onirique évoquant la fin de l’Apartheid. On s’envole doucement dans les airs pendant que la population faisant la file pour aller voter ne quitte pas le spectateur des yeux. Ce plan est le seul plan blanc du film, symbolisant un espoir retrouvé après des années de noirceur illustrées dans le film par des plans constamment sombres dans lesquels les tâches blanches des personnages occidentaux apparaissent comme perturbatrices. Le travail technique fait sur ce film est de toute manière indéniable, et même s’il ne m’a pas fait voyager plus que ça émotionnellement, je lui donne trois étoiles bien méritées.

« Je voudrais être une source d’inspiration pour les jeunes en quête d’un grand idéal. »

Walter Sisulu

Références

Image mise en avant : https://www.tribecafilm.com/films/accused-no-2-walter-sisalu-2019

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