Agonie d’une passion

« 28 février 1942 ; 10 heures du matin

[…] Voilà que Pierre s’est introduit dans mon existence, ou moi dans la sienne, ce qui est à peu près la même chose. Je me souviens très mal des premiers jours passés ensemble, depuis le soir où Francis Forster nous avait présentés l’un à l’autre, à l’issue de la générale de Cœurs Ennemis. Ce que je sais en tout cas, et c’est cela qui est remarquable pour moi, c’est que je n’ai pas essayé de construire avec lui. Tout s’est fait naturellement. Nous avons couché ensemble dès ce premier soir. La rue Bridaine a retenti fort tard cette nuit-là des échos de cette découverte de nos corps. Pierre me parut très émouvant lorsqu’il se trouva nu devant moi, rapidement déshabillé, ne pouvant pas dissimuler l’envie qu’il avait réfrénée toute la soirée. Je me suis déshabillé à mon tour, lentement, lui laissant le loisir de regarder chaque élément de mon anatomie. Je n’ai jamais eu honte de montrer mon corps. Pierre a su l’apprécier et s’en rendre maître toute la nuit. Il était beau, à peine éclairé par le halo de la lune qui pénétrait dans la chambre par l’une des fenêtres, le torse luisant de sueur, le regard encore un peu hagard, son sexe retrouvant enfin le repos après ses multiples assauts. […] » (Horlange, 31-32)

– Franz Arsene

Hypnose d’art

UN paysage, UN visage, UN plan… UN sentiment particulier pour UN spectateur à UN instant précis, UNE connexion créée, puis UNE opinion générale unique pour ce même spectateur. Tous les êtres humains font UN monde, mais ce monde n’est pas UN monde, mais LE monde pour les quelques milliards d’acteurs qui le perçoivent et sont contraints de vivre avec.

Paralysie du sommeil

Mériel, une nuit pré-2012…

J’entrouve les yeux tout doucement, et je me retrouve dans mon lit, allongée sur le dos, la tête droite, et les bras le long du corps. Je pense me réveiller tranquillement car la lumière du petit matin est visible à travers la fenêtre de ma chambre. Ma grande chambre bien confortable. Elle a toujours été un lieu de réconfort, mais cette nuit-là, vers le petit matin, elle devint un lieu de terreur. J’ai souvent fait des cauchemars qui se déroulaient dans ma chambre, dont un récurrent dans lequel mon lit bougeait tout seul, et m’emmenait dans des endroits sombres et effrayants. Mais cette fois-là, je suis bel et bien réveillée, mais je n’arrive plus à bouger. Je suis paralysée. Complètement paralysée ! Même mes muscles respiratoires sont paralysés ! L’horreur… Je ne peux que prendre de très petites respirations, par secousses, et quand j’essaie d’en prendre une grande, mon corps ne répond plus à mes ordres. Je ne peux que bouger mes yeux. Je commence à avoir très peur… ! Quelqu’un va entrer dans ma chambre, c’est sûr ! Je le sens ! Personne n’entre, mais je le sens ! Je le sens si fort que je suis sûre que la personne a déjà réussi à entrer sans ouvrir la porte. Comme un fantôme ! Je ne vois personne, mais je sais que quelqu’un est sur le point d’entrer. Ça y est ! Ma mère entre telle une ombre maléfique. Je n’avais jamais eu peur de ma mère avant cette expérience, mais je la vois entrer, s’avancer doucement, et contourner le pied de mon lit pour venir s’agenouiller à ma gauche, du côté de ma table de chevet, et se pencher vers moi sans jamais me quitter une seule seconde de son regard tellement vide que j’en avais les tripes toutes retournées. J’essaie de toutes mes forces de bouger et de supplier mon corps de laisser échapper un cri ou un son de détresse pour qu’elle m’aide et me rassure, mais rien ne sort. Je suis bloquée. J’essaie même de faire exprès d’hyperventiler pour qu’elle remarque en ma respiration haletante et sifflante un signe d’anormalité. Je ne peux que la regarder en espérant qu’elle comprenne ma souffrance et me secoue pour me réveiller de cet enfer, mais elle ne fait rien. Ah si, elle me regarde bien droit dans les yeux, et les miens sont grands ouverts aussi. Finalement, la seule chose à faire était de fermer les yeux et d’attendre, sans la regarder. Après un moment, tout était fini. « Tu as fait un cauchemar, c’est tout ! » me disait ma mère.

Enfant - Illustration de l'article Satisfaction

Première partie : Satisfaction

Photographie, cinéma, ou même les tableaux, ce qui importe est la fascination pour les visages anciens, ou pourquoi pas, la reproduction de cette fascination de nos jours. Principalement des enfants, dont l’innocence et la vulnérabilité font partie des thèmes les plus purs de ce monde. Je considère personnellement tout (et je ne parle pas que du XXème siècle !) ce qui s’est passé avant les années 1960 comme un monde à part entière, fascinant, merveilleux, et empreint d’une classe difficilement égalable aujourd’hui, et qui, à mon plus grand regret, s’est selon moi estompée dès l’avènement de la culture Hippie.

Fresa y Chocolate_01

Fraise et Chocolat

J’avais cette fâcheuse et honteuse habitude de m’endormir de nombreuses fois durant les projections… Mes siestes incontrôlables pouvaient durer de cinq à quarante-cinq minutes, et même être ponctuées de rêves. Une très mauvaise hygiène de sommeil, des films ennuyants et inintéressants, et une salle plongée dans le noir n’aidaient pas non plus. Quand j’étais chanceuse, je ne me faisais pas remarquer, et mon cerveau me réveillait juste avant l’enclenchement automatique des lumières dès la fin du film, mais quand je l’étais moins, je me réveillais un peu trop tard, ou bien mon corps provoquait mon réveil en me faisant faire des mouvements involontaires, mais qui étaient tout de même bien visibles dans le noir. Pas franchement le meilleur comportement de la part d’une étudiante en cinéma… !

L’article que vous êtes sur le point de lire correspond au devoir final que j’ai dû rendre à l’université Concordia dans le cadre du cours FMST335-A – Le cinéma cubain, cours donné par Irene Rozsa pour le programme Études de films de l’École de Cinéma Mel Hoppenheim à la Faculté des Beaux-Arts de l’université à Montréal, au Canada.

Le devoir avait pour objectif l’étude du cinéma cubain post-révolutionnaire, et Fresa y Chocolate fut l’un des films qui ont immédiatement attiré mon attention d’une manière que je ne connaissais que trop bien de par les années passées (mon attirance pour le personnage beau et charismatique de David y était pour quelque chose, certes), et ce film a ainsi empêché un énième endormissement.