Daughters of Chibok (Joel ‘Kachi Benson, 2019)

L’art au service des consciences

Si toute la misère du monde regroupée était représentée dans un court-métrage de réalité virtuelle, le spectateur mourrait très probablement d’une crise cardiaque.

Daughters of Chibok est la cinquième œuvre de réalité virtuelle que j’ai eu l’opportunité de visionner dans le confort de ma chambre grâce au catalogue proposé par le Centre Phi avec l’évènement PHI VR TO GO créé spécialement pendant le confinement. Pour la bande-annonce, n’oubliez pas de régler la qualité de l’image au maximum et de faire bouger l’écran pour une meilleure expérience !

« Le 14 avril 2014, la petite bourgade agricole de Chibok, dans le Nord-Est du Nigéria, était mise sur le devant de la scène mondiale. Le groupuscule terroriste Boko Haram avait assailli la ville et enlevé 276 adolescentes de leurs dortoirs d’écoles. Daughters of Chibok aborde les conséquences de l’enlèvement et explore les questions universelles du genre et du droit à l’éducation. »

  • Prémisse de l’œuvre extraite du site Internet du Centre Phi

Dans cette œuvre documentaire, nous sommes directement transportés physiquement (enfin presque, vous savez ce que je veux dire depuis le temps) à Chibok pour rencontrer l’une des mères dont la fille a été enlevée pendant cette attaque, et que nous suivons pendant onze minutes tel un journaliste. Certaines images d’archives télévisuelles sont d’ailleurs ajoutées à l’œuvre. Je crois au hasard, sauf quand j’écris. Ici, la réalité virtuelle porte bien son nom puisque c’est bien à Chibok, lieu du drame, cinq ans après les faits, que nous nous retrouvons, et la technologie est ici au service de la documentation d’un évènement que l’on ne doit jamais oublier. Elle sert la documentation mais ne la remplace certainement pas. Elle la rend originale mais cette originalité pourrait être perçue comme une attraction pour le spectateur qui se retrouverait en train de jouer et d’explorer la technologie plutôt que de se concentrer sur ce que raconte et vit la mère. Certaines séquences s’enchaînent d’ailleurs un peu vite, et comme la réalité virtuelle nous offre une vue réelle en 360 degrés de Chibok, on aimerait en profiter encore plus. Un angle de vue est extrêmement intéressant au moment où nous accompagnons la mère au champ, car nous nous retrouvons au dessus d’elle. Si nous regardons vers le bas, c’est le haut de sa tête en plongée totale que nous voyons ! Superbe utilisation de la technologie ici par rapport aux autres plans plus classiques qui ressemblent à un enchaînement de plans que l’on retrouve dans les documentaires. Un plan pas très réaliste pour le coup mais très innovateur ! Le générique est également très original avec un fond noir, des photos des jeunes filles enlevées, ainsi que leurs noms écrits en blanc et recouvrant les 360 degrés de l’espace. Le montage est aussi très poignant. Il nous transpose dans la réalité quotidienne de cette pauvre dame qui tente malgré tout de reprendre goût à la vie sans savoir ce qu’est devenue sa fille. Malgré le caractère sombre de cette tragédie, les couleurs de cette œuvre sont étonnamment vives et lumineuses, comme si l’espoir et la relève triomphaient toujours. Mais cette œuvre est bien plus qu’un documentaire en réalité virtuelle sur cette mère, c’est une véritable ode au souvenir qui lui ne meurt jamais ! Je donnerais quatre étoiles pour cette œuvre.

Est-ce que ce film aurait eu un impact aussi fort s’il avait été produit sous forme documentaire traditionnelle ? Probablement. Néanmoins, c’est une idée très originale !

Références

Image mise en avant : Wikipédia

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